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Le dojo

Le lieu (jo) où l'on étudie la voie (do) était d'abord un lieu de pratique du bouddhisme. Il devint ensuite un lieu d'étude des Bujutsu (techniques guerrières) avant de devenir un lieu de pratique des Budo (arts martiaux).
La Voie de la connaissance et du perfectionnement de soi y passe par un effort juste et répété qui forge l'esprit (seishin tanren), l'amène autant à comprendre ses limites que la nécessité de les dépasser. Elle se pratique en soi et partout : le vrai Dojo est à l'intérieur de nous et partout. "Peu importe le lieu, il y a toujours un Dojo sacré, car chaque endroit de pratique est sacré" (Yoshio Sugino, Tenshin Shoden Katori Shinto Ryu Kyohan, Tokyo, 1941).



BUSHINKAN signifie "la maison (kande l'esprit (shinmartial (bu)", étymologiquement de l'esprit qui arrête la lance et qui, par son degré élevé de maîtrise du geste et de soi, parvient à éviter le combat et à maîtriser la violence. L'évolution spirituelle (shin) y est au centre de la pratique physique et technique axée sur la martialité (bu) et la convivialité (kan).


La paroi d'honneur (shomen) du BUSHINKAN

Ce coeur du Dojo est le shomen, à partir duquel tout s'organise et qui illustre un principe fondamental de la pratique. Inauguré à l'occasion du dixième anniversaire du dojo (1991 - 2001) le 15 septembre 2001 par Me Yukihiro Sugino et réalisé par Me Pascal Krieger, 10e dan de Shodo (art de la calligraphie), il signifie "la goutte d'eau creuse la pierre"; les miroirs qui s'y trouvent rappellent que la pratique ne renvoie qu'à soi-même, que l'effort est un moyen de se connaître, de se découvrir tel que l'on est.

Universelle, la signification de la calligraphie montre que les cultures orientales et occidentales autant que les arts et les sports se retrouvent autour de son principe d'effort judicieux et de dépassement de soi.





  

TENTEKI HASSÉKI  
TENTEKI (la goutte d'eau), HA (creuser, forer, graver), SEKI (la pierre)
style GYÔSHO, calligraphié par Pascal Krieger (SHÛRITSU)

"une goutte d'eau peut creuser la pierre la plus dure"


Lorsqu'on regarde une goutte d'eau tomber sur un bloc de pierre, on ne peut s'empêcher de ressentir l'incommensurable disproportion entre la solidité de la pierre et la futile légèreté de la goutte d'eau. Et dans notre enfance, quelle ne fut pas notre surprise de voir que cette goutte d'eau, si on lui laisse le temps, arrive à creuser des trous incroyablement profonds dans les pierres les plus dures.

C'est par des efforts répétés, inlassablement, et avec une persévérance sans faille, que de grandes choses peuvent être accomplies. Ces tâches qui nous paraissent humainement impossibles au départ sont menées à bien à force de ténacité et de régularité ... et comme devant le trou béant creusé par la goutte d'eau dans la pierre, on peut, devant certains accomplissements, méditer avec respect sur la quantité d'efforts et le nombre d'années qu'il a fallu pour en arriver là.

Pascal Krieger, septembre 2001


Ce principe de persévérance se retrouve dans notre culture, sans qu'il y ait eu besoin de communication directe puisqu'il est universel et à permis à l'espèce humaine d'évoluer. 

Depuis l'Antiquité, on estimait que la pratique de tout art (au sens étymologique de "technique", le mot latin ars étant l'équivalent du mot grec techne; un art repose donc d'abord sur une maîtrise technique) nécessite 
conjointement trois choses : des prédispositions naturelles (natura), un enseignement juste (ars) et un exercice répété (usus). Ce troisième élément nécessite la persévérance. Les bucoliques grecs notent ainsi que "une goutte d'eau assidue, comme on dit, à force de tomber, creuse dans le roc même une crevasse" (Paris, C.U.F., t. II, p. 112). Le poète latin Properce relève également que "l'eau petit à petit use la pierre la plus dure" (Elegies, II, 25, v. 16).

A la Renaissance, ce principe est réactualisé, alors que l'on redécouvre toute une culture antique méconnue. "Goutte sus goutte cave [creuse] marbre" relève laconiquement le poète gnomique Jean-Antoine de Baïf (Mimes, II, 1123). Un emblème de Barthélemy Aneau, édité dans son Imagination poetique, Lyon, M. Bonhomme, 1552, et intitulé "le continuer parfaict l'oeuvre" illustre le même principe: "un labeur assidu fait et parfait tout".


 

 
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